Depuis que j’ai commencé à m’intéresser à Fotolia et aux autres banques d’images, d’autres banques se sont créées, comme la dernière en date, Filopix.

Et face à cette prolifération des offres à bas prix, une pétition a été lancée, que j’ai trouvée sur le blog d’un photographe ami, « Et des images », intitulée « Sauvons la photographie ». Je relaye, comme lui, tout en n’étant pas convaincue, loin de là.

Les professionnels de la profession, comme on dit, ont à mon avis une réponse mauvaise à un vrai problème.

Nous lançons cet appel pour la constitution d’Etats généraux de la photographie.

Les utilisations massives de photos dites “libres de droits”, les photographies à “1 euro”, les photographies signées “DR”, la baisse générale des tarifs, les contrats de cession de droits ne respectant pas la loi, la remise en cause par les juges de la qualité originale des photographies, la banalisation de la photographie comme un bien de consommation et les autres atteintes à notre profession doivent être encadrés juridiquement et socialement.

Je crois qu’on mélange ici plusieurs choses. Si une société ne respecte pas la loi (et je l’ai analysé plusieurs fois dans mon blog), cela ne sert à rien de faire une loi supplémentaire.
De même, la perception de la photo comme un bien de consommation ne relève pas de la loi. Et d’abord, qu’est ce que cela veut dire ???

Si je comprends bien l’idée, la photo n’est pas perçue par le grand public comme un art, mais comme un « quelque chose » qui s’achète pour faire joli ou pour décorer, et qui se fait en un clin d’oeil en appuyant sur le déclencheur, je ne vois pas comment l’état peut encadrer cela. Et même, je récuse une vision dirigiste de la culture où un état régalien déciderait de ce qui est l’art …

Ces pratiques abusives génèrent une crise économique sans précédent qui met en péril les auteurs photographes et les agences photographiques qui diffusent leurs images.
Certes.
Mais ce ne sont pas les banques d’images à un euro qui sont fautives.
Les grandes agences ont commencé à souffrir bien avant.
Je me souviens, notamment, d’une émission télé d’il y a quinze ans, où un photographe de guerre expliquait pourquoi il publiait ses images chez Benetton : parce que c’était le seul endroit où il pouvait les montrer, et que Match et les autres grands magazines s’étaient tellement peoplelisés qu’il n’y avait plus de place pour son travail.

Il y a quinze ans, il n’y avait ni Fotolia ni autres…

Les agences souffrent effectivement.
Et derrière les agences, les photographes.

D’illustration.

Pas le reste.

On ne trouve pas dans les agences d’images d’Obama, ou du vainqueur de Roland Garros. On ne trouve pas d’images de Kylie Minogue ou de Johnny Hallyday. Ou si peu.

La photo de stock, c’est tout autre chose que la photo d’actualité, ou de mode, ou de sport. C’est la production à l’avance d’images standardisées pouvant être utilisées pour illustrer tout et n’importe quoi.

De même que la photographie a conduit à la crise économique du portraitiste, il était tellement plus simple d’aller chez Monsieur Kodak, que de poser pendant quatre semaines, de même la modification des conditions de distribution conduit à la disparition de certains pans d’activité.

Il reste des portraitistes, des peintres, il restera des photographes.
Une grande partie des clients des banques d’images à un euro n’auraient jamais acheté chez Corbis, ou même chez un photographe pro.

Nous demandons à l’Etat, garant des libertés et de la sauvegarde du patrimoine culturel, de tout mettre en œuvre pour réunir l’ensemble des acteurs de la photographie et trouver des solutions législatives à cette situation.

Là je tique. Quelles solutions ? veut on faire le Hadopi des arts plastiques ? Instaurer une taxe sur les banques d’images pour reverser une partie de leurs profits aux photographes en peine ? La loi sur les droits d’auteurs existe. Elle est parfaitement adaptée à Internet. Le principe est le même que la diffusion soit papier ou numérique.

Ce qu’il y a à faire, sans doute, c’est sensibiliser, éduquer, faire comprendre pourquoi une bonne photo coûte de l’argent. Que la grande différence entre un pro et un amateur, c’est que l’amateur peut faire d’excellentes photos, tandis que le pro vous fournira un travail certain, le résultat sera là. L’amateur peut faire de très belles photos de mariage, le bon pro fera de belles photos quoi qu’il arrive.

Faire comprendre que l’instant du déclenchement est l’aboutissement d’un processus assez long, celui d’une éducation artistique, d’une formation de l’oeil, qui va bien au delà de la maîtrise de la profondeur de champs.

Permettre au client de voir la différence entre un portrait brûlé au flash et un bon portrait.

Et puis, peut être, admettre aussi qu’il y a une clientèle pour les banques d’images. Mais faire comprendre à celle-​​ci que même une banque d’image a des responsabilités, doit fournir des photos avec autorisation par exemple, et qu’assumer ces responsabilités à un coût qui rend la photo plus chère que 1 euro.

Personnellement, je leur reproche :

  • une publicité mensongère sur les prix, la photo à partir de 1 euro étant en réalité nettement plus chère (achat groupé, ou tarif plus élevé pour une photo unique)
  • le non respect des droits d’auteurs ET des droits du consommateur dans leurs conditions contractuelles
  • dans les domaines qui m’intéressent, une iconographie assez pauvre, souvent mal catégorisée, redondante et de mauvaise qualité

Le dernier point relève du choix du consommateur. Les deux premiers sont déjà couverts par la loi.

En revanche, ce qui m’arrangerait bien, c’est une Europe des droits d’auteurs. C’est de pouvoir poursuivre sans problème et sans frais supplémentaires dans mon pays des gens comme looklex.com (Suède), Safinter (Espagne), et de nombreux autres, qui me volent mes images. Autrement dit, tout simplement, faire respecter la loi.

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