Pendant que je codais un site, j’écoutais d’une oreille distraite une émission type « talk show sur l’actualité » reprise sur TV5 (ou Direct8, ou Arte, bref une des chaines francophones diffusées gratuitement sur ma parabole, je n’en sais rien), quand cette oreille distraite s’est pliée de souffrance en entendant des conneries aussi énormes que le firewall livré avec Open Office spécialement pour Christine Albanel.

Or donc, on discutait de ce qui agite beaucoup le monde des webmasters en ce moment, la décision de Murdoch de retirer ses contenus de Google News, pour les rendre payants, et de l’impact que cela allait avoir sur le monde du web, et du référencement. Autour de la table, l’animateur, et deux journalistes /​ responsables de journaux en ligne, à qui on demandait en gros « vous comprenez Murdoch, vous auriez fait la même chose ».

Dommage que je n’ai pas enregistré l’émission, car j’ai rarement entendu trois énormes perles. Des contre vérités, des contre sens qu’on pourrait comprendre de la part de l’internaute lambda, peu au fait des pratiques de référencement, mais qui surprennent chez des gens censés être des professionnels de la profession.

La première, la plus jolie « ou bien on est référencé ou bien on interdit son contenu à Google et on disparait du web ».
Tout au contraire, la subtilité de la proposition de Google est de permettre un « no index » différencié, pour Google News et pour Google normal. On peut donc toujours être référencé via le robot normal, même en interdisant son contenu à Google News.

La deuxième était « oui mais ce que propose Google, de payer au delà de cinq consultations, ça ne marche pas, parce que un truc comme ça c’est basé sur l’adresse IP, et n’importe qui qui connait un peu le web sait qu’on peut changer son adresse IP comme on veut ».
Et n’importe qui qui connait aussi un peu le web sait qu’il y a des choses plus subtiles que cela, comme les cookies par exemple, et qu’on peut interdire l’accès à une machine qui n’accepte pas les cookies… et se demander aussi, sincèrement, combien d’utilisateurs feront le choix d’effacer leurs cookies toutes les quatre connexions pour pouvoir lire ces news gratos ? (il y en aura certes, mais pas beaucoup).

La troisième était un peu plus longue.
Le journaliste, qui travaillait au choix au Nouvel Obs, au Monde, à Libé ou au Point (j’ai complètement oublié) nous expliquait à quel point Google tue la presse.

Son journal, donc avait des problèmes de trafic. Parce que pour avoir du trafic, il faut acheter des mots clés. Les fameux liens commerciaux, qui apparaissent dans la « partie jaune » de la recherche de Google. Ces liens là, ça coute de l’argent, et la moitié de leur trafic provient des liens commerciaux « parce que tout le monde clique dessus ».
Le clavier m’en est tombé des mains.

Car en réalité c’est plutôt le contraire. Des études dont j’ai perdu la référence prouve que les internautes ont maintenant bien identifié les zones de liens commerciaux, et ont tendance à les zapper visuellement et à peu cliquer dessus.

Donc si la moitié du trafic provient des liens commerciaux, c’est au choix :

  • qu’il y a un énorme problème de référencement
  • que le journaliste confond les visiteurs apportés par les liens commerciaux « dans une recherche » et ceux apportés par le réseau de contenu
  • et que de toute façon, ils fonctionnent comme des vrais MFA, achetant de la pub pour obtenir du trafic qui cliquera sur leurs pubs

A entendre ça, on comprend un peu mieux les difficultés de cohabitation avec internet, il semble que les fondamentaux ne soient pas parfaitement maîtrisés.

Bon cela dit, sur le fond, il est tout à fait exact que la consommation d’informations d’actualités est devenue de plus en plus picoreuse, rapide, et qu’il est encore plus facile de sauter d’une news à l’autre en lisant simplement les en têtes de flux rss dans Yahoo (ou autre portail).

La démarche de Murdoch me parait assez saine, son journal fonctionne sur la base d’un abonnement, et il est difficile de justifier du prix de cet abonnement si les infos sont disponibles gratuitement. C’est un modèle, un autre peut être une partie accessible et une partie payante. La plupart des journaux proposent en ligne les articles récents, et essayent de faire payer pour les articles anciens, d’autres ont la démarche inverse (comme Le Tigre. Moi ça ne me gêne pas de payer un abonnement pour un journal que j’apprécie et que je lis régulièrement. Ou bien le paiement à la lecture, si il est facile, adossé sur une solution de micro-​​paiement efficace et rapide, aussi une bonne solution.

L’adaptation de la presse à un nouveau business model, comme on dit pompeusement, est loin d’être faite. La difficulté à penser « autrement », autre chose qu’un simple décalque de l’édition papier, autre chose qu’une présentation passive et reprenant simplement les pages imprimées, avec éventuellement quelques liens en plus.

Même les techniques de base du web ne sont pas correctement exploitées.

Après avoir vu sur DailyMotion l’excellente conférence « un Web ouvert » d’Eric Despet à Paris Web (trouvée en farfouillant un peu un lien donné par Embruns) j’ai eu envie de jouer et de regarder dans quelle mesure les sites de presse étaient ouverts et collaboratifs.

On en prend trois, ceux qui sont en page d’accueil de Yahoo : Libération, Le Monde et le Figaro.

Et voilà la liste des critères d’ouverture :

Autoriser les liens

Libération ne dit rien (donc autorise).

Le Monde ne mentionne pas les liens dans ses conditions générales, mais indique ceci

sauf autorisation préalable et expresse du Monde interactif, l’internaute s’interdit de reproduire et/​ou d’utiliser les marques et logos présents sur le site www.lemonde.fr, ainsi que de modifier, copier, traduire, reproduire, vendre, publier, exploiter et diffuser dans un format numérique ou autre, tout ou partie des informations, textes, photos, images, vidéos et données présentes sur ce site. La violation de ces dispositions impératives soumet le contrevenant, et toutes personnes responsables, aux peines pénales et civiles prévues par la loi.

Là c’est un peu excessif. Stricto sensu, Le Monde interdit les citations et je contreviens à ces « dispositions » impératives, en citant ce paragraphe.

Heureusement, la loi m’exonère au titre du droit à la citation d’un texte bref, visant à illustrer un propos.

Le Figaro quant à lui, donne beaucoup de détails :

SYNDICATION & COPYRIGHT.
Pour toutes les questions relatives aux droits de reproduction ou à la syndication, cliquez ici.

Je clique « ici », et super, au lieu d’une page web, j’ai un lien mailto.

Faire des liens

Là c’est moins bien.
On prend un sujet présent chez les trois, les actualités de la grippe H1N1.
Le Monde est celui qui s’en sort le mieux, avec des liens vers plusieurs sites gouvernementaux, et en bas d’article, un récap de ces liens.
Le Figaro met quelques liens dans son article, mais sans récap.
Quant à Libé, aucun lien (sauf vers des blogs de ses journalistes).
Donc en gros, on entre en Libération, mais on n’en sort pas.

(NB dans le même genre, j’ai vendu des photos à Télérama. J’ai bien été citée comme source dans l’article en ligne… mais sans aucun lien vers mon site).

Des micros-​​formats

Rien vu, nulle part. Bon il n’y en a pas chez moi non plus, mais j’y travaille.

Des flux rss

Alors là c’est la cata.
Pas un seul flux rss trouvable sur la page du Monde.
Rien de détecté par le navigateur. Et rien qui ait l’air d’un flux d’article. La seule chose qui pourrait éventuellement me permettre de suivre les actualités du Monde, c’est un lien vers une page html pour m’inscrire à une newsletter.

En ce qui concerne le Figaro, il y a des liens vers des flux d’actus thématiques à la fin des articles, mais ceux ci ne sont pas détectés par le navigateur. (En clair, je n’ai pas dans ma barre d’adresse le petit logo qui me signale qu’un flux est disponible). Et il faut descendre jusqu’au footer pour trouver en tout petit, au milieu de plein de choses pas intéressantes, le flux rss.

une open ID

Bon, ça on oublie.

Facile, comme petit jeu. Et les critères ne sont peut être pas les meilleurs. Pourtant… ce sont des choses simples, des techniques de base du web.

La deuxième chose, qu’il est facile de constater en faisant quelques recherches sur des thèmes d’actualités, c’est le nombre impressionnant de contenus dupliqués, repiquages purs et simples de dépêches d’agence, à peine enrobés dans un peu de délayage, dans le meilleur des cas.

Il serait donc éventuellement intéressant que les responsables de presse suivent trois formations :

  1. La création de contenu original comme facteur de référencement
  2. L’optimisation de ses campagnes adwords (cela dit je n’ai vu aucun achat de mots clés sur ces requêtes d’actu)
  3. Comment faciliter l’acquisition de trafic par des techniques simples
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