J’ai découvert Linkis ce matin, en essayant de lire un post partagé sur Twitter.

Je dis bien « essayé » parce qu’il faut beaucoup de bonne volonté…

Mais d’abord, présentation de Linkis, le nouveau truc pourri qui vous casse votre référencement, pire qu’HelloCoton à une époque, Disqus, pire même que coZop quand ça existait.

Linkis se présente comme un raccourcisseur de liens optimisé

Linkis est le moyen le plus rapide de personnaliser les pages web que vous partagez.

Il s’agit d’aller au delà du classique racourcissement d’URL et du tweet : il s’agit de partager non seulement un lien personnalisé mais une page personnalisée.

C’est beau le marketing !

Je vous la refais en vrai :

Linkis est un outil qui met votre contenu en iframe, l’indexe, le partage sur Twitter avec une url raccourcie qui est ensuite raccourcie par Twitter et agresse votre lecteur avec une pop-​​up pour « l’engager » à s’inscrire sur le lien.

J’aime le marketing…

Un générateur de duplicate content industriel

Il suffit de faire une recherche Google sur la commande site:linkis.com pour le voir : les urls raccourcies sont bien indexées. De plus, si le lien original du billet semble bien présent, en haut à droite, en tout petit, il s’agit d’un lien sous la forme linkis.com/url/redirect/http://www.ew.com/article/2015/06/30/house-cards-neve-campbell-joins-cast-series-regular

Or il suffit de regarder le robots.txt du site pour voir :

User-​​agent: *
Disallow: /​beta/​
Disallow: /​url/​redirect/​
Allow: /

Je vous résume :

  • linkis fait indexer votre contenu sur sa propre url
  • linkis cache bien en haut à droite un tout petit lien vers le contenu d’origine
  • et linkis fait en sorte que Google ne puisse pas aller vers le contenu d’origine

Et on ne peut pas dire que ce soit « par inadvertance », hein… D’autant plus que, pour être bien sûr que Google ne va pas aller voir, dans le code source de la page elle-​​même on trouve un beau nofollow.

Pire encore… cette petite sidebar est le conteneur, la page à l’intérieur de laquelle se trouve le contenu du blog, en iframe. Donc il y a peu de chances que Google suive les liens qui apparaissent dans le contenu de votre blog.

Un détournement de trafic organisé

Plus intéressant encore, dans le code source, on voit une canonical.

Sur la page linkis.com/www.busy-women.fr/20/MfNCq

qui correspond à un article original www.busy-women.fr/2014/02/interview-de-lentrepreneuse-camille-sauvaget/

la canonical qui indique à Google quelle est la page à prendre en compte en cas de contenu similaire n’est pas l’article du blog (ça serait trop honnête),
mais une autre page linkis.com/busy-women.fr/Camille_Sauvaget_une.html qui présente un très court résumé de l’article avec une série de liens de sources diverses.

En clair, « vous avez aimé cet article ? Allez voir « ailleurs » des trucs similaires ».

Et pire encore…. car dans ses conditions d’utilisation, Linkis précise que

Prenez en considération le fait qu’en acceptant nos conditions d’utilisation, notre politique de vie privée et en activant l’option d’auto-remplacement dans vos réglages, vous autorisez le service à parcourir votre flux, définir des liens à partir des tweets que vous posterez et remplacer ces tweets par des tweets exactement équivalent mais avec un lien raccourci. Concrètement, cela veut dire que nous détruirons le tweet avec une longue URL et posterons à votre place un nouveau tweet exactement identique, mais avec un lien raccourci.

Une expérience utilisateur pourrie

Linkis n’a qu’une envie, c’est de récupérer le plus de membres.

Donc quand, à partir de Twitter, je clique sur le lien raccourci, je me fais immédiatement accueillir par une belle pop-​​up de linkis. Que je ferme, pour voir en dessous la pop-​​up du site….

Deux pop-​​ups de suite c’est un peu trop, non ?

Par ailleurs, quand j’arrive sur la page qui présente des articles similaires, il m’est impossible d’accéder au contenu de l’article sans m’enregistrer sur le site.

On est clairement dans le cas d’un business apparemment gratuit, fait uniquement pour collecter des informations personnalisées sur des comptes et les revendre à des régies publicitaires une fois la base de données qualifiée constituée.

Linkis, t’es qui toi ?

Le code source m’avait mis la puce à l’oreille, il traînait dans un javascript un  commentaire en russe :

is_author: "", /* перезписывается при загрузке другого кепшина */

Le whois est celui d’un domaine GoDaddy avec la protection anonyme.

Aucune identification n’est donnée sur le site. La page de conditions d’utilisation est extrêmement courte. Quant à celle sur la vie privée, la seule chose qu’on apprend, c’est qu’il n’y en a aucune.

Parcourir notre site web est tout à fait sûr. Aucune information personnelle que vous nous donneriez ne sera diffusée, vendue ou louée.

Nous collectons les informations personnelles fournies par Facebook ou Twitter quand vous créez volontairement un compte sur notre site web.

Autrement dit, l’information que « je donne » n’est théoriquement pas transmise à des tiers (et comment voulez-​​vous que j’y crois), mais l’information fournie par Facebook et Twitter, là oui.

Last but not least, le compte Adwords

Un blog qui fait de la pub va donc afficher ses propres pubs, en iframe, avec son compte, sur une url d’un autre site (linkis) dont il ne maitrise absolument pas le contenu… c’est un bon moyen de griller son compte.

Ce qui est impressionnant, c’est que c’est loin d’être le premier outil de ce type. Wikio, HelloCoton, et le fameux coZop de Thierry Crouzet. Et ça marche toujours, malgré tout.

 

(L’image à la une est une photo sous licence CC BY SA de Niccolo Caranti)

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